La Légion du Fléau
Elle rassembla une dizaine de soldats, leur demandant de ne pas massacrer les paysans, mais simplement de les rosser copieusement et d’agrémenter le spectacle de quelques pitreries.
Mais les paysans gagnèrent la partie, et facilement !
D’abord, la dizaine de malheureux fut bien vite renforcée par plus de quarante autres, cachés dans les fourrés aux alentours. De plus, la plupart de ces rustres maniaient des fléaux, qui servaient habituellement à battre les céréales mais qui se révélèrent diablement efficaces aussi pour battre la maille.
Une fois les dix soldats assommés, après que les joyeuses compagnies eurent bien ri de cette bouffonnerie, Corentin demanda qui était le chef de cette multitude. Mais les gredins se regardaient sans comprendre, personne n’était rien de plus que son voisin.
Corentin exigea, pour qu’ils soient acceptés, qu’ils désignent un chef parmi eux, qui pourrait répondre d’eux en cas de problème et plaider pour eux en cas de besoin, comme pour toute les joyeuses compagnies. Mais les manants étaient trop idiots, ou trop sages pour avancer.

Corentin proposa alors que le chef soit tiré à la courte paille. Ce qui fut fait rapidement : le premier chef désigné de cette compagnie fut donc Sylvain Blaire, qui mourut l’année même d’un mal de poitrine (une flèche dans le cœur – les joyeux compaings pratiquent l’humour noir). Mais la tradition étant ancrée, le chef suivant fût également désigné par le sort, à la courte paille.
Depuis ce jour, la légion du fléau, telle qu’elle fût baptisée, est une compagnie nommée qui ne désemplit pas, sans cesse renforcée par les pauvres malheureux que la guerre jette par milliers sur les chemins.
Oh ! Bourgeois bien gras blottis dans vos maisons, Oh ! Maîtres et sergents vautrés dans la fornication, Oh ! Seigneurs et évêques cachés dans vos donjons, craignez donc les vilains, les manants, car ils sont légion ! (et ils ont des fléaux !).